Objectif zéro déchet

Le plastique à l'échelle de la planète

Le plastique synthétique est une matière présente directement ou indirectement dans toutes les fabrications humaines. Il s'agit d'un mélange contenant une matière de base appelée polymère à laquelle sont éventuellement rajoutés des adjuvants permettant de lui apporter de nouvelles propriétés qualitatives telles que la résistance aux chocs, au feu, aux bombardements ultra violets et la transparence. La fonctionnalité, la polyvalence, la légèreté et le faible coût de ce matériaux ont provoqué à partir des années 1950 sa surproduction planétaire. Selon une récente étude menée pendant 2 ans, 8,3 milliards de tonnes métriques de plastiques auraient été produites en moins de 60 ans ( Sciences Advances, Jenna Jambeck, ingénieur en environnement à l'université de Géorgie ) et ce en dehors de tout cadre préventif adapté. Plus de 85% de ces plastiques non incinérés ou non recyclés seraient encore présents à la surface de notre planète, dont 6,3 milliards de tonnes sous forme de déchets ayant un cycle de dégradabilité estimé à 400 ans. Au rythme de production actuel et si aucune mesure restrictive n'est mise en place les prévisions seraient de 12 milliards de tonnes d'ici 2050. Stockés dans des décharges à ciel ouvert, enfouis ou tout simplement abandonnés tous ces déchets sont à risque et finiront leur cheminement ultime sous l'effet du vent et du ruissellement dans nos mers et nos océans. Avec un cycle d'utilisation parmi les plus court de tous les matériaux industriels, la quasi totalité des plastiques finissent sous forme de déchet en moins d'une année. Parmi la vaste famille des plastiques, les emballages omniprésents à tous les stades de notre vie quotidienne représentent près de 40% de la production mondiale. Or ces emballages sont en plusieurs points problématiques. Leur demande mondiale indissociable de l'accessibilité aux produits de consommation est exponentielle notamment pour le conditionnement des denrées périssables. En effet si le plastique représente un problème majeur après usage, il représente également un progrès énorme en matière de sécurité alimentaire. L’emballage plastique constitue en effet un élément essentiel de la prévention des contaminations extérieures chimiques ou microbiennes, de préservation de la qualité, de la traçabilité des produits et de la réduction des pertes en maintenant la durabilité de conservation des aliments.
La maîtrise des déchets plastiques est un défi désormais planétaire dont le niveau de gravité nécessite un consensus international et des mesures d'urgence coordonnées à différents niveaux d'implications. Dans ce contexte la France affiche des performances médiocres, avec un taux de recyclage moyen des déchets plastiques post consommation de l'ordre de 20% ( 25% pour la Chine ). Des efforts significatifs doivent donc êtres impulsés simultanément et ce à plusieurs niveaux sous la forme d'une stratégie de lutte globale et intégrée. Parmi l'ensemble de ces efforts nous distinguerons les mesures à long terme et les mesures à court terme. Les mesures à long terme portant essentiellement sur des mutations comportementales et des moyens de substitution, les mesures à court terme portant sur des solutions préventives et curatives objectives et efficientes permettant à la fois de stopper la dispersion des déchets solides dans le milieu naturel et de récupérer tout ou partie de ces déchets dispersés.

Une situation grave mais qui peut encore être inversée

La gestion des déchets d'origine anthropique est devenue un véritable enjeu de société. Nos mers et nos océans sont menacés par cette pollution silencieuse dont la dangerosité est avérée pour la biodiversité et la santé humaine. Les objets en plastiques, le polystyrène, l'aluminium, le verre indissociables du développement de nos sociétés de consommation ont connu dans les 40 dernières années une croissance vertigineuse et nous savons aujourd'hui avec certitude que cette pollution est à plus de 90% d'origine terrestre.
Selon les récentes estimations communiquées par l'association Surfrider Foundation Europe et inversement à ce qui a été longtemps affirmé ce sont seulement 10% de ces déchets qui proviendraient des activités liées à la navigation ou à la plaisance.
Alors que la gravité de la situation écologique à laquelle nous sommes confrontés est confirmée par tous les experts internationaux et si les récentes missions scientifiques menées sur plusieurs mers et océans constatent un état général déjà critique, une absence de réactivité au travers de mesures concrètes et immédiates confirmerait des projections alarmistes à l'horizon 2050, soit dans à peine plus d'une génération, avec des océans qui contiendraient plus de déchets solides toutes tailles confondues que de ressources halieutiques. Avec un rythme de rejets estimé entre 8 et 16 millions de tonnes de déchets chaque année dans le milieu marin par 192 pays, certaines simulations tenant compte de l'ouverture de nouvelles sociétés humaines jusqu'alors préservées au modèle économique de la consommation de masse, présagent un triplement de ces chiffres. Ce constat difficile et inquiétant ne doit pas nous faire oublier qu'il est également possible par le biais de de la recherche scientifique et industrielle, de campagnes de sensibilisation continues ainsi que d'actions coordonnées et modélisées à une échelle territoriale, nationale et internationale de stopper, puis à terme d'inverser la déviance écocide dans laquelle les sociétés humaines se sont engagées par opportunisme financier ou par manque d'anticipation et de discernement.

L'impact des déchets solides sur les écosystèmes marins

Les mers et les océans sont les réceptacles ultimes de tous les déchets transportés par le vent, les rivières, les fleuves ou les réseaux pluviaux non raccordés à une station d'épuration. Les déchets en matière plastique, en polystyrène et en caoutchouc présents dans l'océan Pacifique représentent 34 fois la surface des Pays-Bas et il faudra plus de 500 ans pour qu'ils soient partiellement éliminés par les éléments naturels, car ces matériaux de synthèse issu des hydrocarbures ne sont pas totalement biodégradable et les micro-particules toxiques qu'ils dégagent progressivement se mélangent au phytoplancton.

- Contamination de la chaîne alimentaire :

Fractionnés en milliers de fragments sous les effets simultanés, des vagues, de la salinité et du bombardement ultra violet, les déchets flottants initialement de grande taille finissent par devenir quasiment invisible à l'œil nu. Cette étape de fragmentation est certainement la plus grave du processus de pollution. Alors que les plastiques réduits en micro-particules dégagent un maximum de substances toxiques, ils sont involontairement ingérés par les petits organismes aquatiques et finissent par contaminer par incidence toute la chaîne alimentaire et ce jusque dans nos assiettes. Enfin leur petite taille rend ces déchets impossibles à collecter en mer, avec une emprunte environnementale est potentiellement irréversible.

- La propagation d'organismes non endémiques :

La découverte de l'insecte Halobates sericeus vivant sur des plastiques flottants dans le Pacifique en est une parfaite illustration. Une étude réalisée en 2005 avait démontré un doublement de la propagation d'organismes vivants non endémiques dans les eaux subtropicales et un triplement dans les eaux tempérées. Dans ce phénomène les déchets solides et ce quelque soit leur taille, jouent un rôle de radeau assurant le transport de ces organismes sur des milliers de miles et parfois pendant plusieurs décennies. Un phénomène aux effets retardants et à haut risque pour tous les éco systèmes

- Risque de mortalité pour la faune marine :

Les sacs en plastique sont la première cause de mortalité par ingestion, suffocation, ou strangulation pour de nombreux oiseaux et mammifères marins tels que les tortues marines et les grands cétacés. Un rapport de l'IFREMER ( Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer ) a recensé plus de 700 espèces victimes de ces déchets et estimé leur conséquences létales directes ou indirectes à d'environ 1 million d'oiseaux, 100 000 tortues et un nombre croissant de dauphins et baleines.

L'impact des déchets plastiques sur la santé humaine

La fragmentation des déchets en micro puis au stade ultime en nanoparticules représente la phase la plus à risque dans les conséquence de cette pollution. Un phénomène qui sera massif à la fin du 21 ème siècle. Une fois ces tailles atteintes les particules issues de ces plastiques auront une capacité de dispersion dans l'environnement quasiment illimitée et une vitesse de contamination irréversible. Alors que les nanoparticules ont pour particularisme aggravant de pouvoir traverser les barrières tissulaires, des milliards de fragments plastiques invisibles vont venir contaminer de façon massive toute la chaîne alimentaire des populations humaines dépendant directement des ressources halieutiques. Leur accumulation directement dans des organes aux fonctions essentielles tels que le foi, les intestins, l'estomac, la lymphe ( et potentiellement le sang ) provoquera à long terme des dysfonctionnements vitaux. Si les effets sur la santé humaine ne sont pas encore clairement évalués, faute d'études suffisamment poussées, nous savons au stade de nos connaissances scientifiques que nous sommes face à une situation à haut risque. La détection de nanoparticules plastiques dans l'eau potable, le sel, le miel et dans de nombreux organismes marins analysés atteste de la pertinence des projections liées à cette situation. Une étude menée en 2018 par l'Université médicale de Vienne et supervisée par l'Agence Autrichienne de l'Environnement, à permis pour la première fois de détecter et donc de prouver la dissémination des micro-plastiques dans le corps humain. Dans le cadre de cette étude pilote, 3 femmes et 5 hommes âgés de 33 à 65 ans vivant en Finlande, aux Pays-Bas, en Grande Bretagne, en Italie, en Pologne, en Russie, au Japon et en Autriche ont fait l'objet d'un suivi alimentaire strict. Dans les 8 cas leurs selles contenaient des échantillons de 9 types de plastiques différents ayant une taille comprise entre 50 à 500 micromètres. Le polypropylène, le polystyrène et le polyéthylène représentaient 95% des particules identifiées.